Voici le témoignage de Jacqueline Lebez, adhérente et bénévole de
l’association SENS.
Je m'appelle Jacqueline Lebez. Après une carrière
professionnelle dans le médico-social, mon dernier poste, en
tant que Directrice d'un établissement médico-éducatif,
accueillait des enfants polyhandicapés, j'ai cessé de travailler
pour raison de santé.
Ayant réglé ces soucis je repartais sur de bons rails.
Le projet de pouvoir, sur le terrain, intervenir dans le domaine
caritatif, me trottait dans la tête depuis déjà quelques
années....mais il fallait que je sois entièrement "reconstruite"
et apte à apporter une aide efficace en parfaite autonomie.
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Ce fut chose faite quand je pris mon billet d'avion à
destination du Sénégal pour le village de brousse de Ndégou le 6
décembre 2009. Après quelques péripéties pour récupérer mes
bagages à l'Aéroport de Dakar, je passais ma première nuit à
Saly, zone touristique au Sud de Dakar dans l'hôtel d'Adama
Ka, partenaire et Président de l'association Enfance Solidarité
Sahel.
Ce petit problème réglé, départ effectif vers Ndégou, petit
village de brousse au milieu des dunes de sable, sur la côte
ouest du Sénégal, entre Dakar et Saint Louis, ayant pour toute
végétation des acacias, des buissons épineux et des figuiers de
barbarie.
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Un peu plus à l'Ouest une végétation plus maritime puisqu'en
bordure du fleuve Sénégal là où il se jette dans l'océan
Atlantique, avec des résineux et des cocotiers. |
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A mon arrivée au village et après mon installation dans la
maison du chef du village, une présentation officielle fut faite
par Adama au chef du village, aux anciens et à l'équipe
pédagogique avec laquelle je devais travailler tout le mois de
décembre. |
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Le mercredi fut donc le premier jour d'aide pédagogique avec un
instituteur dans la classe des tout petits, environ 60 enfants de 4, 6 à
8 ans.
Un autre instituteur prend en charges les moyens et le directeur les
grands.
A noter que tous ces enfants sont encore accueillis dans des huttes
faites de bambous, de paille, de branchages tout cela dans un équilibre
instable...





Et pour tout mobilier scolaire des bancs eux aussi très instables,
puisque installés directement sur le sable des dunes…
Les enfants lorsqu'ils doivent écrire sur leurs cahiers se mettent à
genoux dans le sable, et pour ceux qui ont une place, assis sur le banc
avec leur ardoise, les autres restant toute la journée assis à même le
sol... dans une température pouvant avoisiner les 45°...
Dans cette classe les apprentissages portent sur la lecture, l'écriture
et l'arithmétique, tout cela en français...
Ces apprentissages sont très difficiles pour les enfants les plus petits
car il n'y a pas de classe de maternelle ou de préparation à cette
première scolarisation.
En fin d'après-midi après la classe vers 17 h 30 une réunion est
organisée avec le chef du village, les anciens et les représentants des
parents d'élèves... J'avoue que quelques termes m'ont échappé, ne
parlant pas le Pheul langue de ce village, mais j'arrivais à comprendre
le sens global de leurs demandes et des réponses de l'équipe
pédagogique.
Pour être en parfaite harmonie avec les gens du village et les enfants,
il me faudra moi aussi acquérir quelques apprentissages de cette langue
qui ne semble pas évidente à apprendre !!!!!
La prise en charge des enfants est passionnante, et leur instituteur
Ousmane, me confie plus spécifiquement les plus petits et ceux qui ont
de grandes difficultés et avec qui il faut passer beaucoup de temps à
reprendre plusieurs fois les explications et les exercices, mais tout
doucement le travail avance, car ces enfants sont très volontaires et
avides d'apprendre.
Après cette première semaine un peu de tourisme est au programme et je
pars visiter Saint Louis, ville très jolie, mais très
bruyante comparativement au calme du village. Soirée et nuit à l'hôtel
que se trouve près d'une discothèque : Aïe aïe aïe, impossible de dormir
!!!!! Gentiment le gérant me change de chambre comprenant mon désarroi
et je trouve enfin le sommeil. Le lendemain matin je me réveille vers 8
h. Douche, et petit déjeuner ensuite visite du musée de Saint Louis très
intéressante retraçant l'histoire du Sénégal. Mais une nouvelle épreuve
me guette... trouver un taxi ou un bus… çà ressemble un peu à
Pékin-Express. Après une multitude de véhicules et d'escales, je
retrouve enfin mon village chéri !!! Je prends à nouveau une bonne
douche avec l'eau tirée du puits et je lave enfin mes cheveux. Quel
bonheur ! Une petite sieste avec au pied de mon matelas deux
petits chatons et leur mère qui m'ont adoptée et me revoilà sur pieds.
Je me lève et vais tirer 10 litres d'eau au
puits voisin, le seau du puits habituel étant tombé au fonds : Aïe !!!!!
Là, avec un groupe de fillettes, je chante, je danse et fais de la
musique en tapant sur des seaux en plastique, on s'amuse bien.
Retour à la maison du chef du village qui est aussi l'Imam où je suis
invitée à boire le thé avec le chef du village voisin.
Ils sont très contents de ma présence et me proposent d'aller dans les
champs à dos d'âne, pour participer au repiquage des oignons. Cool !!!!








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Tous les jours avec Sérigne mon
accompagnateur,
nous prenons notre apéritif habituel à la fleur d'hibiscus,
le « bissap » accompagné de cacahuètes non salées.
Demain samedi avec les instituteurs plage de l'autre côté de
la dune bordant la route et dimanche lessive, et oui, il
faut bien… Mais là-bas c'est drôle de faire çà.
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Reprise le lundi matin de l'école et révision des travaux de la semaine
passée. A la récréation je fais des photos des enfants qui veulent tous
être au premier plan... un groupe de filles de la classe des grands est
très timide.









Photos également des différents endroits du village, des arbres et des
fameuses biquettes qui trouvent bien plus facile de trouver leur
nourriture en grimpant dans les acacias, sorte de mimosas très piquants.
J'ai eu aussi mon petit épisode désagréable, j'ai été un peu malade...
Mais Sérigne m'a fait cuire des légumes à l'eau, du choux avec de
l'huile de soja et de la moutarde, pour changer un peu du poisson et du
riz du midi et des œufs/pommes de terre à la friture du soir… un délice
et du repos pour mon organisme.
Il a également acheté au marché le matin des fruits frais (pastèque,
pommes, clémentines, bananes. Et après avoir goûté à du thiakri tout est
rentré dans l’ordre.
A la fin de la semaine départ de Ndégou vers Saly, voyage type
Paris/Dakar... Attente le long de la route qu'un véhicule veuille bien
nous prendre. Je pends un premier taxi qui me dépose quelques kilomètres
plus loin, puis un deuxième, enfin un car très folklorique mais sympa
jusqu'à Thiès où Adama vient nous chercher avec sa voiture.
Arrivée à Saly pour assister à une soirée avec le célèbre groupe de
musiciens sénégalais "les frères Guissé", on chante, on danse, on mange
bien, çà ressource un peu...






Le lendemain je vais faire un petit tour dans le centre de Saly et j'y
rencontre des personnes fort sympathiques qui me servent de guide,
ainsi je rencontre la responsable du dispensaire, la coopérative qui
vend des objets artisanaux au profit des enfants orphelins de pêcheurs,
je visite également le centre équestre qui se trouve non loin de l'hôtel
Afrika Keur, les chevaux y sont magnifiques, dommage que je n'ai pas
assez de temps, car je me serai bien allée faire un petit galop sur la
plage… Puis retour à l'hôtel, déjeuner, piscine et merveilleux massage
au beurre de karité. Le soir attaque des moustiques, heureusement que la
masseuse avait largement protégé ma peau, et pour le diner, un seul
souhait : des spaghettis que j'attends au moins 3/4 d'heure, très bons,
« al dente », c'est pour cela sûrement qu'ils ont mis tant de temps à
venir...
Le lendemain matin grosse toux, et gros rhume, il faut dire que 98 % des
enfants sont enrhumés… on se refile les microbes, enfin pas grave, juste
un peu dans le pâté.
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Je prépare mon retour au village jusqu'aux vacances de Noël.
Retour un peu décalé, car une soirée est organisée à l'hôtel
avec un chanteur de musique traditionnelle sénégalaise, le
chanteur, un monsieur assez âgé et plein d'humour s'appelle Amdy.
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Après cette soirée, dans la nuit je repars au village avec l'équipe de
maçons qui doit poursuivre la construction de l'école en parpaings,
enfin une école en dur pour les enfants, un environnement décent pour
qu'ils apprennent dans de meilleures conditions.
Après avoir roulé toute la nuit, nous arrivons à 6 h du matin, de la
route jusqu'au village environ 5 km à pied, il fait nuit, galère... les
épines, les racines...
Le ciel est merveilleux, jamais de ma vie je n'ai vu un ciel aussi beau,
sans l'ombre d'un nuage, translucide, lumineux et tellement chargé
d'étoiles.
Après cette nuit courte, je passe ma matinée avec les femmes aux champs
pour arroser les petits rectangles qui sont préparés et qui recevront le
repiquage des différents légumes qu'elles cultivent. Elles me font
visiter les champs cultivés tirés de la savane : oignons, carottes,
piments, pommes de terre.



Près des champs se trouvent deux petits baobabs dont les ouvriers
agricoles me décrochent une cabosse que j'ai ramenée en France.
Au retour, arrêt dans un petit groupe de maisons où un petit garçon
malade aurait besoin d'une opération cardiaque, il doit être revu en
Janvier par le cardiologue malheureusement, peu de temps après mon
retour en France Adama me fait part de la mort de cet enfant. Cet
évènement m'a beaucoup affecté, car cela n'a fait que confirmer le
sentiment que j'avais du manque cruel de soins médicaux.
J'espère que dans ce domaine nous pourrons mettre sur pied un projet de
prévention santé.
Le lendemain je suis allée me baigner dans le fleuve Sénégal, l'eau
était très bonne, et le sable des rives très fin. En revenant, nous
sommes passés près d'un groupe de maisons où il y avait beaucoup de
cocotiers, et bien sûr, les gens nous ont offert des noix de coco et du
thé, un agréable goûter ma foi.
Avec les instituteurs, nous avons fait une réunion sur les méthodes
pédagogiques et éducatives en me demandant mon avis sur ces sujets.
Dernier jour d'école pour les enfants avant les vacances de Noël. J'ai
acheté pour eux, boissons, gâteaux, bonbons.
Tout cela est réparti dans les trois classes. Ousmane me remercie au nom
des enfants et les enfants eux-mêmes pour leur avoir donné un peu de mon
temps.
Je suis très touchée...
En fin d'après-midi après avoir dit au revoir au village avec l'espoir
d'y retourner, transfert dans une autre habitation avec un cheval et une
charrette pour rapprocher les bagages de la route.
Notre chauffeur arrive vers 2 h du matin après s'être perdu... C'est
vrai que de nuit, difficile de retrouver un bout de chemin.
Arrivée à Saly vers 6 h du matin et repos jeudi matin, l'après-midi je
vais à nouveau me balader dans le village de Saly pour ramener quelques
souvenirs artisanaux.
Je prends un peu de repos d'avance car la nuit va être courte, c'est le
réveillon de Noël, soirée animée par les frères Guissé que j'ai déjà
entendu jouer, mais dont on ne se lasse pas, la soirée fut superbe.
Vers 3 h du matin transfert vers l'aéroport puis décollage de mon avion
à 6 h 30.
Mon retour en France va être à rebondissements, car c'est le jour de la
tentative d'attentat... plus de 6 h d'attente, un changement d'avion au
dernier moment le nôtre ayant un problème de joint de porte !!! On nous
donne des bons de restauration pour nous faire patienter, et enfin nous
partons avec encore presque 2 h de décalage. Arrivée à Orly recherche de
mes bagages (çà manquait au tableau !), si bien que je n'ai plus de
train pour rentrer chez moi au Mans.
MAIS POURQUOI NE SUIS-JE PAS RESTEE AU SENEGAL !!!!!!!
La prochaine fois et ce sera le 1er octobre 2010 je prends un vol
direct Paris/Dakar.
Pour conclure, ce fut une expérience enrichissante, de supers souvenirs
de gens simples et attentionnés, et d'enfants que j'ai hâte de
retrouver.
L'école en dur continue de se construire, il reste de grosses finitions,
et je pense qu'avec Touty, la sœur d'Adama, avec qui je serai cette
fois-ci nous allons comme elle dit "faire du bon boulot".